Icare ou les déboires de l’espoir

Dans ma vie d’entrepreneuse, tout comme dans ma vie personnelle, plus souvent qu’à mon tour, je me suis sentie comme Icare qui s’approche du soleil et qui finis face contre terre.

Ne nous faisons pas d’illusions, vivre pleinement une vie, c’est difficile et si l’espoir et l’envie restent des moteurs essentiels à notre construction ou à notre réalisation, ils comportent un risque non négligeable.

Parfois, je regarde les enfants qui, comme tous les autres, ont en eux cette capacité immense de vouloir et de se remettre rapidement des déceptions. Les enfants ont des envies aussi brulantes et dévorantes qu’elles sont fugaces et versatiles. L’adolescent, lui, long chewing-gum désincarné ne veut plus rien, il vous toise de son regard bovin entre deux tweet et la moindre proposition est reçue dans un souffle fatigué. L’âge adulte, dans sa grande sagesse, est un dégradé de l’envie, mais parfois, par peur des désillusions, on se protège de l’espoir et on se résigne.

Espérer, c’est prendre le risque d’investir du temps et de l’énergie pour finalement échouer. Personne n’aime échouer, l’échec nous renvoie à notre insignifiance, à nos propres limites et peut durablement entamer l’estime que nous avons pour nous-mêmes. Alors, en adulte sage et responsable, on se plafonne, on choisit des défis atteignables, des guerres gagnées d’avance et nous ne parvenons pas à retrouver la passion, l’envie, le plaisir. Les jours qui passent sont tièdes avec toutefois cette promesse magnifique : «  Tu ne souffriras pas, ta vie est un long fleuve tranquille.»

On fait des enfants que nous élevons avec stabilité et discernement, on paie le crédit de la maison, de la voiture, on occupe un poste pas forcément exaltant, mais qui permet de voir venir et qui donne une illusion de sécurité.

On fait sa place, on fait son trou…

Est-ce facile de vivre ainsi ? Surement pas, et à l’instar des enfants, j’ai choisi de vouloir sans retenu et de tout donner, comme dans cette phrase de Roosevelt :

“Ce n’est pas la critique qui est digne d’estime ni celui qui montre comment l’homme fort a trébuché ou comment l’homme d’action aurait pu mieux faire. Tout le mérite appartient à celui qui descend vraiment dans l’arène, dont le visage est couvert de sueur, de poussière et de sang, qui se bat vaillamment, qui se trompe, qui échoue encore et encore – car il n’y a pas d’effort sans erreur et échec -, mais qui fait son maximum pour progresser, qui est très enthousiaste, qui se consacre à une noble cause, qui au mieux connaîtra in fine le triomphe d’une grande réalisation et qui, s’il échoue après avoir tout osé, saura que sa place n’a jamais été parmi les âmes froides et timorées qui ne connaissent ni la victoire ni l’échec.”

Car oser vouloir avec acharnement c’est aussi prendre le risque de réussir et d’accomplir ce qui compte vraiment pour nous. C’est découvrir que nous sommes capables d’enthousiasme, d’énergie et de persévérance ; c’est cultiver notre part d’enfant avec notre sagesse d’adulte.

Alors, malgré les désillusions et tous les coups d’épée dans l’eau ; bien que je me fatigue moi-même et que mon entourage se désespère parfois de mes changements de cap ; je continuerai parce que peu importe les échecs à venir. J’aurais vécu des moments forts, des moments beaux et quand je devrais rendre le corps qui m’aura été prêté l’espace d’une vie, je pourrais dire : « j’ai vécus et comme Icare, j’ai tenté de toucher le soleil. »

         

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