La chienne des horizons

Complainte d’une Gorgone.

Au final j’suis quoi ? Une salope en carton, la chienne des horizons ? C’est toujours la mousson. Ça fait dix mille ans qu’il pleut, dans mon cœur et dans mes yeux. J’peux plus sourire, tout c’est barré : la lune, même les étoiles, ces éclats de toi qu’éclairent plus que les gouttières. Putain que ça caille en Enfer ! C’est le cri de la désespérée qui sait plus trop où errer, chez les morts ou les vivants ? J’me suis figée d’mon regard noir dans ce connard de miroir. Y’a les serpents qui font des tours sur l’firmament de nos océans. C’est pas l’chant des sirènes, c’est le cantilène de la haine. Dis-moi ma sœur, si ce monde-là, celui qu’on a connu autrefois, on y retournera, on y retrouvera nos amours perdus ? Ceux qu’on avait tués cent fois, ou bien mille j’me souviens pas. J’me fais vieille tu comprends bien, l’immortalité c’est pas rien. J’suis pas toujours bien au point, dans ma tête j’vois bien trop loin, entre les embruns et les r’flets. Alors j’marche en acrobate sur l’contour des nébuleuses pour essayer d’choper des veilleuses, ces lucioles d’or qui allument encore la traîne des météores. Faut croire que maintenant même chez les dieux on pisse des yeux, mais ça fait plus de tempêtes, plus d’ouragans sur la planète, on a refilé ça au Néant. Jm’envolerai bien, licorne en main, vous parler un peu d’demain, d’l’Amour, et puis surtout d’Chagrin. J’vous raconterai les astres qui existaient au temps où les yeux voyaient l’au-delà, où les fleurs rendaient fou les conteurs et les forêts ivre les poètes. J’vous parlerai d’ces choses invisibles, des fantômes dans les trains de nuit, des statues qui pleurent et des chênes qui parlent. J’vous montrerai des portes que vous ne pouvez pas ouvrir, derrière les constellations et les mirages, les seuils des écueils. J’vous vendrai des papillons d’montagnes, et des montagnes de papillons, des étoffes d’ondes pour mieux voguer à travers les mondes. Puis des palais de jade sur des îles inconnues, des chants d’oréades sous les fissures des mers, j’vous baladerai entre Orion et le Scorpion dans une gondole de lumière. Et vous verrez alors comme les demains d’antan ils ont le parfum du beau temps. On dit que j’suis colombe aux crocs de lionne, la gorgone des tombes, j’suis surtout un peu trop bonne, sœur bannie ! J’viens vous servir sur un plateau les breuvages de mes présages, et qui sait peut-être à la prochaine, dans les échos du grand voyage…

Uma